Le cours de Morphosyntaxe et Sémantique à Magisterio - 2006 / 2007

Ce blog s'adresse à nos étudiants de français à l'École de Formation de Maîtres à l'Université d'Oviedo (Espagne). Il est conçu comme un espace ouvert à leur créativité, et à toutes les activités qui favorisent un meilleur apprentisage du français.

17 janvier 2007

Grammaire du Français CLassique et Moderne. R.L. Wagner et J. Pinchon

Grammaire

 

du français

Classique et moderne

R.L. Wagner et J. Pinchon

HACHETTE UNIVERSITE, 1962

 

1. Introduction

Depuis la moitié du XXe siècle, le domaine des études linguistiques a subi une évolution remarquable. Même si la grammaire traditionnelle continue à avoir sa place, au niveau académique ont surgi maintes écoles linguistiques qui ont modifié à jamais la physionomie de la grammaire, notamment le structuralisme européen et la grammaire générative et transformationnelle. Un débat encore inachevé et parfois violent a commencé entre ceux qui s’inclinent vers les nouveaux concepts et ceux qui s’accrochent à la tradition. Ceux-ci négligent souvent l’importance des études contemporaines, des avances et de la richesse qui constitue la diversité de points de vue sur le même sujet, n’allant qu’à la recherche des défauts.

La grammaire du français classique et moderne, de Wagner et Pinchon, dont on va s’occuper dans cette petite étude, essaie de mélanger les « grammaires de l’idiome » (grammaire traditionnelle) et celles de la langue dans le même ouvrage : « elles ont chacune leurs droits et ceux-ci sont complémentaires ». Mais ici on justifie surtout l’importance de récupérer dans l’enseignement actuel les grammaires de type traditionnel.

Malgré les critiques incontestables aux grammaires de type classique : elles risquent d’être rigides, éloignées de la langue vivante ; elles nous donnent une vision partielle de la langue puisqu’elles sont normalement « construites » et unies à un paradigme littéraire concret, qui ne s’inspire pas de la diversité d’un contexte réel ; les grammaires traditionnelles nous offrent un corpus qui essaie d’analyser la langue et sa complexité. Un corpus qui sert à résoudre les problèmes à tous les chercheurs. Les grammaires classiques  assument que « le sens de la grammaticalité n’est pas la même chez tous les chercheurs », raison par laquelle elles essaient de faciliter un contexte commun à tous : ce qu’on extrait, par exemple, des auteurs des œuvres littéraires consacrées. Cette caractéristique, qui a toujours été le blanc des critiques adressées aux grammaires classiques, nous est montrée ici comme leur potentialité.

 « Un idiome n’est signifiant, lui, qu’au niveau des structures superficielles, c’est-à-dire, là où des facteurs externes ajoutent quelque chose de plus aux structures profondes sous-jacentes aux énoncés. Les phrases inventées pour illustrer ces structures sont rarement signifiantes au plein sens du terme. Elles ne le deviennent que dans un contexte situationnel. » … « Il est nécessaire qu’un ajout en étende ou en restreigne la portée, l’accommode au contexte. Ce surplus constitue justement ce qui fonde le caractère vivante des idiomes sur lesquels, de préférence aux langues mortes, travaillent les générativistes »

C’est à cause de cela que les nouvelles méthodes doivent construire des énoncés qui permettent d’avoir divers types de contextes, attirants,  et qui ne manquent pas de situations réelles. Mais ce contexte créé par rapport à une réalité, ne sera qu’une représentation simplifiée d’une réalité. C’est un schéma sur lequel on s’approche de la langue « vivante » mais ce ne sera jamais la langue, elle-même. Par la réduction de toutes les manifestations linguistiques possibles à une seule situation concrète, par la simplification des études de langue aux manifestations particulières qui peuvent être démodées ou ne pas être suffisamment générales, on risque de perdre la complexité et la richesse de la langue.

Cela pose encore des problèmes aux nouvelles méthodes: comment satisfaire tout le monde et comment constituer un corpus organisé et aux repères faciles de manière que le chercheur ne se perde pas entre les divers énoncés ?

« C’est là que des ouvrages d‘un type traditionnel, descriptif, s’avèrent encore non seulement utiles mais indispensables »

 

            2. La grammaire
 

Il s’agit d’une œuvre complexe, très complète d’une vaste dimension qui parcourt environ six cent cinquante pages classifiées par des structures grammaticales.

C’est une grammaire tout à fait explicite qui explique chaque catégorie dans un cadre théorique qui essaie d’être exhaustif et expliquer comment les différents éléments s’articulent dans la langue : les fonctions, modes d’emploi, etc.

Sa table de matières, constituée de trois pages recto verso, nous montre comment cet ouvrage commence par faire une introduction historique autant du point de vue de la langue que de la grammaire (latin, roman, français, la grammaire française) jusqu’à moment de son édition (1962). La bibliographie, les principes d’analyse et les signes (phonétiques) employés et les caractères de l’énoncé (considérations générales sur l’énoncé et la phrase : style direct / indirect / style indirect libre et leurs marques) sont des préliminaires qu’on peut aussi consulter.

Quant aux principes d’analyse les auteurs montrent une volonté de partir de la morphologie pour arriver à la syntaxe, définie comme les rapports que les mots contractent dans des ensembles partiels ou complets. Cette méthode permettra de dégager les « valeurs grammaticales » morphologiques (catégories) et syntaxiques (fonctions), qui sont explicitement considérées comme indépendantes de la réalité hors langue, ce qui montre déjà un souci moderne de restreindre et limiter le domaine de la linguistique en écartant la référence.

Dans la table de matières, on peut apprécier les catégories suivantes : le substantif et ses déterminants, l’adjectif qualificatif, les pronoms, le verbe, les adverbes, les conjonctions de coordination, les prépositions, la phrase.  Cette structure, appréciable dès la présentation des chapitres, confirme l’intention des auteurs  de faciliter l’usage de la grammaire. On trouve sans difficulté ce qu’on cherche avec ce type d’énoncés.  Ensuite, les auteurs ont doué la grammaire d’un index ordonné alphabétiquement où l’on trouve des mots clés tel que : Adjective, adverbes, agent, indéfinis, on, transitif, etc., qui facilitent la recherche à des lecteurs non spécialistes.

Dans cette composition il ne semble pas avoir lieu pour le domaine de l’implicite.

 

3. Brève analyse d’un de ses thèmes (Le substantif)

De façon qu’on puisse se faire une idée de l’organisation du thème, on présente par la suite la table de matières développée du thème consacré au substantif, qui est le premier après les considérations déjà citées, tel qu’il arrive souvent dans les grammaires traditionnelles.

Le substantif

I. Généralités

26. Composition de l’espèce des substantifs.

27. Genre et nombre des substantifs.

28. Les marques de catégorie des substantifs.

29. Les déterminants du substantif.

30. Déterminants spécifiques et déterminants complémentaires.

II. Les catégories du substantif

A. Le genre

31. Notions préliminaires.

32. Substantifs dont le genre héréditaire n’est pas motivé.

33. Substantifs dont le genre est motivé.

34. Le genre des mots nouveaux (dérivés et néologismes)

35. Le genre des noms propres.

36. Les marques du genre féminin.

37. La désinence –e.

38. Les suffixes.

39. Les déterminants spécifiques.

40. Mots génériques.

41. La valeur des genres.

 B. Le nombre

 42. Notions préliminaires.

 43. Les marques du pluriel dans les substantifs simples.

 44. Le pluriel des substantifs composés de deux termes.

 45. Pluriel des substantifs composés qui s’écrivent en un seul mot.

46. Pluriel des substantifs composés dont les éléments sont distincts.

47. Pluriel des substantifs empruntés à une langue étrangère.

48. Valeur du nombre.

 III. Les fonctions du substantif

 49. Fonctions et rôles du substantif.

 Le substantif sujet ou thème

 50. Le substantif est le thème d’un prédicat exprimé.

 51. Substantif sujet d’un prédicat non exprimé.

 52. La séquence du tour impersonnel.

 53. La construction du substantif sujet.

 54. La place du substantif sujet.

 Le substantif attribut

 55. Le substantif assume la fonction d’attribut.

 56. La substantif attribut d’un complément.

 57. La construction des substantifs attributs.

 58. La place du substantif attribut.

 59. Détermination du substantif attribut.

 Le substantif complément

 60. Le substantif complément

  A. Le substantif détermine un substantif

 61. Construction directe

 62. Constructions indirectes

 63. Détermination du substantif complément

 B. Le substantif détermine un adjectif

 64. Construction

 C. Le substantif détermine le verbe

 65. Les compléments essentiels du verbe.

 66. Le complément d’agent

 67. Les compléments circonstanciels

 68. Compléments essentiels et compléments circonstanciels.

 Autres fonctions du substantif

 69. Les substantifs, centres d’une phrase sans verbe

  70. Les substantifs en apposition

 71. Les valeurs du substantif en apposition

 72. Le substantif en apostrophe

 

Dans une grammaire descriptive comme celle-ci, peut-être il n’est pas bizarre de voir que le nombre de pages utilisés pour développer ces trois sujets, soit d’environ une trentaine mais il choque un peu quand même quand on n’a pas l’habitude de la « verbosité » grammaticale.

 L’espèce des substantifs est présentée comme un ensemble hétéroclite dont l’unité se trouverait exclusivement dans la morphologie d’après les auteurs, qui n’essaient nullement de faire une définition du « substantif » au singulier, s’écartant par là, d’une certaine façon, de l’éternel problème de la définition de type traditionnel qui définit sans donner des indications pour l’identification.

Morphologiquement les substantifs sont caractérisés par :

- tenir d’eux-mêmes leurs marques de genre et de nombre ;

- s’appuyer sur des déterminants spécifiques.

En ce qui concerne les marques elles sont classées en internes (prononciation et/ou orthographe) et externes (les déterminants spécifiques, auxquels les auteurs consacrent un chapitre à part).

 Quant au genre des substantifs, les auteurs établissent un classement entre ceux dont le genre n’est pas motivé (ils ont de par sa nature un genre déterminé qui ne peut pas être modifié) parmi lesquels ils classent aussi les mots dérivés dont le suffixe exige un genre déterminé, et ceux dont le genre, par contre, est motivé. Ce groupe-ci serait formé par les substantifs qui désignent des êtres vivants (humains et certains animaux) et pour lesquels il est nécessaire d’établir une distinction de sexe soit par un substantif différent pour le masculin et le féminin, soit par une désinence (-e pour le féminin). Le genre peut avoir aussi une valeur distinctive  lorsqu’il fait possible la différenciation de certains homonymes. Dans leur analyse du genre les auteurs traitent évidemment la question de marques et sa typologie et aussi celle de noms propres.

 Pour le nombre les auteurs commencent par déterminer le cas non marqué (le singulier) tout en signalant la présence de certains substantifs traditionnellement employés au pluriel. Par la suite ils présentent l’inventaire de marques de pluriel et l’application de ces marques à des cas particuliers (substantifs composés – de plusieurs types -, emprunts), le tout suivi d’une analyse de la valeur et la façon d’être utilisé du nombre dans de différents types de substantifs (noms communs et noms propres).

 À la fin du thème, et tel qui nous avait été indiqué au début de l’ouvrage, on nous présente toutes les possibilités combinatoires du substantif, c’est-à-dire, ses possibles fonctions syntaxiques : sujet, prédicat, attribut, complément d’objet, complément déterminatif, apposition, noyau de phrases prédicatives sans verbe.

Les catégories données pourraient nous faire penser qu’il s’agit d’une compilation au style des grammaires traditionnelles plutôt que des modernes. Mais on ne peut pas l’assumer comme vrai parce qu’elles sont des catégories aussi valides pour des analyses de type structural. Cependant on peut bien la différencier de celles des génératives. Pour quoi ?

Les explications des structures syntactiques et comment elles sont abordées nous donnent des indicateurs pour les différencier : les catégories de genre et nombre, par exemple, sont toujours prises en compte à l’heure d’expliquer le substantif pour tous les théoriciens. Ce qui nous importe ici c’est comment le substantif est construit, quelle est sa place dans la phrase et quelles sont ses fonctions. La sémantique est tout à fait négligée, n’étant objet d’étude que les caractéristiques morphosyntaxiques. Cependant on pourrait dire que les générativistes tiennent compte de certains aspects sémantiques, même si seulement ceux qui ont des conséquences au niveau de la syntaxe, tels que les ainsi appelés traits du nom (le substantif) : nom commun – propre, animé – non animé, humain- non humain, comptable- non comptable, masculin - féminin, et aussi, noms singuliers et pluriels. La distinction, par exemple, entre animé et non animé, nous permet d’établir des restrictions pour certains unités lexiques ; par exemple, la phrase : *La pierre est enceinte ne serait pas une phrase correcte en français puisque, même si pierre est un nom féminin, ayant par là le « droit » morphologique d’occuper cette place dans la phrase, le fait d’être « non animé » lui empêche de le faire.

Tandis que autant les visions traditionnelles que les structurales sur la langue cherchent des explications en classifiant ses éléments de manière descriptive, les générativistes étudient comment sont générées les structures de la syntaxe pour expliquer le phénomène qui est la langue.

Il s’agit d’une grammaire théorique qui néglige la pratique, ce qu’on peut observer par l’absence d’exercices d’entraînement pour les différentes unités. C’est une grammaire descriptive pure pleine d’exemples. Parmi les exemples, il y en a qui sont extraits des œuvres littéraires des auteurs classiques (Balzac, Stendhal, Flaubert, Camus,..) mais aussi des situations réelles de la langue parlée.

Cette grammaire fait une comparaison entre l’usage classique et actuel de la langue. Elle s’articule sur une structure traditionnelle (descriptive, explicite, non communicative) mais elle ajoute des notions modernes telles que la présence de transcription phonétique des mots qu’on trouve dans quelques exemples donnés.

Il n’y a pas de souci pédagogique ou didactique présent dans cette grammaire dont on pourrait affirmer qu’elle est consacrée à l’étude de la langue plutôt qu’aux procès d’enseignement et d’apprentissage. Elle s’exprime d’un langage correct presque soutenu qui ne s’adresse pas à personne. Les énoncés ne sont formulés ni d’un point de vu pédagogique (ils ne s’adressent pas aux enfants), ni sociologique (ils ne montrent pas les thèmes d’une approche aux inquiétudes d’une société concrète). Ainsi, quand on parle du substantif on ne lit pas de choses comme « les noms sont mes amis », qu’on pourrait bien trouver dans des énoncés pédagogiques.

Le labeur didactique n’est pas pourtant ici un aspect nécessaire pour arriver à apprendre la grammaire du français. On ne trouvera pas entre ses pages des couleurs séduisantes qui attirent notre attention et même pas de dessins ou de langage iconique. C’est une oeuvre qui donne plus de valeur aux contenus qu’à la forme. Il nous intéresse le « Quoi », pas le « Comment »

 

4. Conclusion

Le fait d’appeler quelqu’un par son nom propre n’est pas un signe de connaître la personne qui le porte. Or, si cela est vrai, on peut dire que la simple (ou pas si simple)  description des éléments qui composent une langue ne va pas tout nous dire sur elle. C’est pour cela que je vois très intéressant l’existence des méthodes modernes qui voient la langue comme un système de communication dont il faut remarquer l’importance des interactions personnelles et les échanges avec l’entourage qui configurent la situation communicative. Mais on ne peut pas négliger le besoin de nommer quelqu’un, par exemple, pour savoir de qui on parle. Au contraire il sera presque impossible de s’adresser à quelqu’un. C’est un phénomène humain de classifier tout.

Alors, le but des études d’une langue ne sera pas, à mon avis, seulement la description et les applications des règles grammaticales données mais cela ne veut pas dire qu’on ne puisse pas essayer de l’expliquer en étudiant les éléments qui la construisent.

 Cependant une approche pragmatique à la langue, qui contemple les contextes et situations les plus variés tout en considérant les éléments situationnels concrets à chaque fois, créant par là un inventaire exhaustif, n’est pas non plus un garant d’arriver à saisir la langue, qui reste dans une certaine mesure, autant par une approche que par l’autre, inatteignable.

Les grammaires, elles ont toutes quelque chose à dire et c’est à nous le travail de tirer d’elles tous les enseignements, de les réorganiser et de les adapter aux niveaux des élèves avec cohérence aux objectifs didactiques dans le cadre institutionnel et complexe qui est l’école.


ALicia del Castillo Camino

Posté par Alicia DCC à 17:59 - CASTILLO CAMINO, ALICIA ESTHER - Commentaires [7] - Permalien [#]

Commentaires

    bjr

    bjr salem je suis un etudiant au francais et je fais trop de faute e francais à loral à l'ecrit et je cherche l'aide pour s'améliorer
    est ce que c possible ?

    Posté par abder212, 12 février 2012 à 21:06
  • bjr

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    Posté par abder212, 12 février 2012 à 21:08
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    Posté par abder212, 12 février 2012 à 21:10
  • bjr

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    Posté par abder212, 12 février 2012 à 21:12
  • bjr

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    Posté par abder212, 12 février 2012 à 21:12
  • Révision et Réponse du Prof

    Merci, Ali, d'avoir posté ton travail à propos de la grammaire. C'est très bien et complet.
    On en parlera en classe
    Ton Prof
    Juan
    )))

    Posté par Ton Prof, 18 janvier 2007 à 12:59
  • point de vue

    je souhaite vraiment adhérer à votre très restreint de grammaire classique et moderne

    Posté par guerrier, 30 mars 2013 à 20:16

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